Dimanche, juin 20 2010

Le bilan de l’expédition par Philippe Bouchet, chef de mission.

« J'écris ce message de Fort-Dauphin (où... il pleut, bien sûr !). Le deuxième leg de l'Antéa s'est achevé avant-hier, vendredi 18, ce qui clôt les opérations de terrain de l'expédition ATIMO VATAE. Deux mois se sont écoulés depuis les premières arrivées à Fort-Dauphin, et je veux remercier ici tous les participants et tous nos collaborateurs, prestataires et soutiens de toute sorte à terre et en mer pour avoir permis le succès de l'expédition. Malgré une météo pas toujours clémente, nous pouvons être collectivement satisfaits de la qualité et de la quantité des observations et échantillonnages : MISSION ACCOMPLIE !


Au total, 69 participants venant de 15 pays (19 en comptant Hawaii, la Réunion, la Nouvelle-Calédonie et Guam) se sont succédés, auxquels il faut ajouter les équipages des navires, les pilotes, chauffeurs, manutentionnaires et aides divers - une bonne cinquantaine de personnes -, le tout suivi par une dizaine de journalistes et une équipe de communication à Paris.


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Equipes Fort-Dauphin et Nosy-Bé 11



C'est la première fois que je conduis une grande expédition qui se déroule sur trois fronts en parallèle : les sites à terre, le Nosy Bé 11, et l'Antéa. De ce fait, notre échantillonnage est particulièrement complet, depuis les lagunes et le supralittoral jusqu'aux accores du plateau continental vers 1000 mètres de profondeur : une centaine de stations à Fort-Dauphin (marées, plongées, dragages Patsa), 120 à Lavanono ; 119 dragages et chalutages profonds sur le Nosy Bé 11 ; 60 sites de plongées à partir de l'Antéa. L'ensemble de la zone que nous avions ciblée a été couverte, depuis le Banc de l'Etoile et Nosy Manitsa d'un côté, jusqu'à Manantenina de l'autre. Cependant, la mauvaise météo pendant le premier leg de l'Antéa n'aura pas permis de couvrir la côte entre le Cap Andavaka et le Cap Sainte Marie.


Cette conduite de l'expédition sur trois fronts en parallèle a également pour conséquence qu'aucun d'entre nous n'a encore une vision complète de ce qui a été échantillonné. Pour cela, il va falloir attendre l'ouverture des bidons d'échantillons, d'une part, et la compilation des photos, d'autre part. Toutefois, il est clair que le choix du "Grand Sud" malgache comme objectif de l'expédition se trouve confirmé a posteriori. Faible développement des coraux et des espèces tropicales associées aux récifs, exubérance des peuplements d'algues et de grandes Eponges, importance de l'endémisme régional, tout concourt à faire du "Grand Sud" une région biogéographiquement séparée du reste de Madagascar.


Je n'ai pas pu m'empêcher de presser les uns et les autres pour me livrer quelques chiffres, même s'ils sont encore très provisoires.


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Equipe Lavanono



Chacun des 4 modules (à terre et Antéa) a livré 250 à 350 espèces d'algues, en partie les mêmes, en partie différentes d'un module à l'autre, et le total des macroalgues dépassera probablement 500 espèces pour l'ensemble de l'expédition. Les affinités avec l'Afrique du Sud / le Natal sont évidentes, avec sans doute 75% des espèces partagées avec cette région.


Côté mollusques, environ 800-900 espèces ont été échantillonnées aussi bien à Fort-Dauphin qu'à Lavanono, et des différences assez considérables sont apparues entre les deux sites : de l'ordre de 40% des espèces ne sont présentes que sur un seul site, ce qui confirme aussi a posteriri que nous avons bien fait de ne pas limiter l'expédition à un seul site. Je n'ai pas encore vu les échantillons collectés par le Nosy Bé 11 et l'Antéa, mais le nombre total d'espèces de mollusques sur la zone d'étude dépassera sans aucun doute la barre des 1500. C'est à la fois beaucoup (il y a 1030 espèces dans toute la Méditerranée) et peu (les chiffres équivalents à Panglao et Santo étaient de l'ordre de 4 à 6000 espèces), mais c'est sans doute pour les mollusques que l'endémisme est le plus remarquable : probablement de l'ordre de 25%. Parmi les suspicions de découvertes, une espèce de Tridacna intrigue ; il pourrait s'agir d'une espèce nouvelle, ce que le séquençage confirmera ou infirmera en principe facilement.


Chez les crustacés, 250 espèces de décapodes et stomatopodes ont été échantillonnés à Fort-Dauphin et environ 170 à Lavanono ; pour la seule sortie à la journée du 8 mai le Nosy Bé 11 a collecté une centaine d'espèces, pour la plupart différentes de celles récoltées dans les petits fonds par le groupe à terre. Il est plus que probable que, lorsque tous les échantillons seront poolés, le nombre total d'espèces dépassera 500. Là encore, une rapide comparaison permet de mettre ces chiffres en perspective : il y a 672 espèces de décapodes dans toutes les mers d'Europe - du Spitsberg aux Canaries -, et les chiffres de Panglao et Santo atteignaient 1100-1600 espèces.


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Equipe scientifique et équipage de l’Antéa (leg 1)



Du côté des poissons, 253 espèces ont été échantillonnées à Fort-Dauphin, 160 à bord de l'Antéa, et un nombre encore indéterminé à bord du Nosy Bé 11. A Fort-Dauphin, 16% des espèces échantillonnées étaient nouvelles pour la Science (4 espèces) ou nouvelles pour Madagascar (dont plusieurs espèces réputées endémiques d'Afrique du Sud), ce qui est remarquable pour un groupe aussi étudié que les poissons. L'extrême rareté des requins a été remarquée par les plongeurs du 2ème leg de l'Antéa (ceux du premier leg n'ayant pas eu une visibilité suffisante pour pouvoir dire quoi que ce soit !).


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La fin du leg à été couronnée par la remise à tous les participants du chapeau traditionnel Antandroy par Mara Edouard (Leg 2).





Tous les autres groupes du macrobenthos ont été échantillonnés avec plus ou moins d'intensité pendant au moins 2 ou 3 des 5 modules, et nous pouvons penser que les grands spongiaires, les coraux, les octocoralliaires, les bryozoaires, les échinodermes, les ascidies ont été raisonnablement couverts ; par contre, les annélides, les hydraires, les actinies, les crustacés autres que décapodes ont sans aucun doute été insuffisamment échantillonnés.


Incontestablement, l'expédition aura fait faire un grand bon en avant à la connaissance de la biodiversité marine du "Grand Sud", mais incontestablement aussi, il reste encore d'autres découvertes à faire dans la région. L'exhaustivité de l'inventaire était difficile dans un contexte d'extrême hétérogénéité spatiale des peuplements ; par exemple, la grosse étoile de mer Tromidia (peut-être nouvelle ?) n'a été revue que sur le site exact où elle avait été aperçue lors de la mission de repérage de novembre 2008, et nulle part ailleurs ! Nous avons par ailleurs tous le sentiment que la tranche de profondeurs de 1 à 10 mètres a été très mal prospectée à cause de la houle, des déferlantes et/ou de la mauvaise visibilité même les jours de beau temps. Enfin, certains organismes - en particulier les algues et les nudibranches - ont des occurrences très saisonnières, et il est également certain qu'une autre expédition, à une autre saison, donnerait d'autres résultats : l'inventaire de la biodiversité n'est jamais terminé et, même en Europe, même au Japon, même aux Etats-Unis, où la densité de chercheurs est la plus élevée au monde, on continue à découvrir des espèces inconnues. Pour autant, nous pouvons nous féliciter pour ce que nous venons d'accomplir collectivement.


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Le chef de mission : Philippe Bouchet



Quel est le plan de bataille maintenant ? Certains échantillons sont déjà à Tuléar, ou en route vers Grahamstown, mais le gros du matériel quittera Fort-Dauphin dans les prochaines semaines dès que les formalités douanières et administratives auront été satisfaites. Le container n'arrivera probablement pas en France avant le mois de septembre, après quoi le deuxième niveau de tri (à la famille, le plus souvent) et la répartition vers les spécialistes pourront commencer. Je veillerai à ce que les participants malgaches de l'IH.SM et du WCS soient impliqués aussi dans cette phase de l'expédition. Il est clair que l'étude taxonomique des échantillons et la publication des résultats dans les journaux scientifiques s'étaleront sur de nombreuses années. Sans attendre ces publications parcellaires et un hypothétique bilan à long terme, j'envisage deux étapes à court et moyen terme :

- d'une part, la réalisation d'une série de posters sur la faune et la flore marines du Grand Sud, avec une échéance à fin 2010 ;

- d'autre part, la publication d'un ouvrage collectif dans la collection "Patrimoines Naturels", qui présentera sous forme synthétique et très illustrée nos observations et impressions d'ensemble - à la fois en ce qui concerne les peuplements et milieux, et les espèces.


Encore une fois, j'adresse à tous mes remerciements pour le travail accompli avec passion, compétence et camaraderie: nous y étions et nous l'avons fait ! »


Philippe.

Jeudi, juin 10 2010

Cap Sainte-Marie et visite guidée du labo

L’équipe marée s’est rendue ce matin au Cap Sainte-Marie, le point le plus méridional de Madagascar. On y trouve une réserve spéciale, créée afin de protéger entre autres 14 espèces d’oiseaux et 2 espèces de tortues terrestres (la tortue radiée et la tortue araignée). Les plongeurs y avaient repéré depuis la mer de nombreux platiers, et le seul accès possible était par la réserve. L’accueil réservé aux scientifiques fut très chaleureux.


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Vue sur Cap Sainte-Marie (crédit photo : Laurent Charles)



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(crédit photo : Laurent Charles)



Comme les plongeurs la veille, les récolteurs ont eu la chance d’observer au large une baleine à bosse. Cette espèce quitte en été les mers froides où elle se nourrit, pour s’accoupler et mettre bas dans des eaux suffisamment chaudes pour les baleineaux. Elles commencent seulement à arriver sur les côtes de Madagascar. Leur migration reste mal connue, mais les scientifiques pensent que cette colonie provient du large de l’Antarctique, à plusieurs milliers de kilomètres au sud.


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Baleine à bosse (crédit photo : Laurent Charles)



Cet après-midi à 15h, une visite guidée du laboratoire a été organisée pour les habitants de Lavanono. Une quarantaine d’hommes, femmes et enfants ont été curieux d’observer le travail des scientifiques. Paubert Mahatante, et Berthin Rakotonirina (participants venant de l’Institut Halieutique et des Sciences Marines de l’Université de Tuléar) ont été leurs guides. Ils présentent successivement la station de gonflage des bouteilles, les dragues, quelques spécimens récoltés, le labo photo de Chia-Wei Lin, les algues de Bruno de Reviers, les tables de tri et leurs loupes binoculaires, le barcoding, et enfin la station de tamisage.



Berthin et Bruno présentent la méthode de séchage des algues (crédit photo : Eléonore Vandel)




Observation à la loupe binoculaire (crédit photo : Eléonore Vandel)



Paubert, étudiant à l’IH.SM, est originaire de la région Androy où nous nous trouvons. Il en profite pour expliquer aux villageois l’importance de la scolarisation des enfants, et leur conseille de vendre des zébus pour pouvoir payer leurs études. Ici les zébus sont signe de richesse : plus une famille a de zébus, plus elle est riche. C’est pourquoi ils ne sont pas vendus.



Paubert explique comment utiliser la drague (crédit photo : Eléonore Vandel)




Visite de la station de tamisage (crédit photo : Eléonore Vandel)

Deuxième partie de l'expédition à bord de l'Antéa

Texte et images de de Roger Swainston, dessinateur naturaliste et de Line Le Gall maître de conférence


Nous sommes au dixième jour de la seconde partie du voyage de l’Antéa sur les cotes sud de Madagascar et tout le monde a le sourire au visage. Aujourd’hui nous sommes gâtés par une mer d’huile et le soleil rayonnant, et de plus la visibilité sous l’eau approche les dix mètres.



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MANANTENINA

Après le départ de Fort Dauphin le premier juin, Line le Gall, chef de mission de la deuxième partie du voyage, a pris la décision de monter vers le nord jusqu’a Manantenina, en espérant trouver les eaux claire et la faune intéressante dans cette région inexplorée. Malheureusement les premiers jours furent un peu décevants. Une houle bien établie et une forte densité de phytoplancton ont rendu les eaux troubles et noires.


Au cours des premières plongées à 25m la visibilité était tellement mauvaise qu’il n’était pas possible d’apercevoir ses doigts a la surface du masque. Difficile de traquer les nouvelles espèces dans ces conditions! Au large de la cote une ligne nette démarque le commencement des eaux claires, mais c’est trop profond pour plonger. Avec persistance, nous avons ramené a bord nos premiers échantillons d’algues, mollusques et échinodermes récoltes à tâtons.


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LES ILES STE LUCE

A la recherché de meilleures conditions, nous sommes reparti un peu plus sud, jusqu’à Ste Luce, ou une pointe rocheuse et une poignée des rochers, battus par les rouleaux nous offrirent un peu d’abri de la mer et du vent du sud. Petit a petit les conditions s’amélioraient et les spécimens s’accumulèrent dans le laboratoire de l’Antéa. Stefano Schiaparelli de l’Universite de Gênes était content de trouver ici plusieurs Ovulids (Egg Cowries) qui vont l’aider à résoudre un problème taxonomique dans ce groupe. Un grand spécimen de bénitier est remonté a la surface: le plus grand individu trouve jusqu’à maintenant de ce qui est probablement une nouvelle espèce endémique de Madagascar, tout comme une nouvelle Etoile de Mer de Presque 60cm d’envergure.

La houle est toujours assez forte et les plongées autour des rochers sont turbulentes. L’endroit est riche en poissons, en particulier, les grands Poissons Perroquet jouent a cache-cache entre les blocs de granite poses sur du sable. Line le Gall, spécialiste des algues du MNHM, trouve à l’abri de la houle près de 150 espèces d’algues, une diversité extraordinaire à l’échelle locale.


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LE ROCHER DE CHOUMARE

Apres 7 jours de voyage l’Antéa lève l’ancre pour se déplacer encore vers le sud, quelques km seulement jusqu’au rocher de Choumare Les conditions s’améliorent et Roger Swainston, dessinateur naturaliste, voit, caché au fond d’une crevasse une espèce de Requin Chat dont il parvient à prendre une photo du dos. Pierre Laboute expert de la diversité des récifs coralliens est intrigué, il s’agit probablement d’une nouvelle espèce. Malheureusement plusieurs plongées sur ce même site n’ont pas permis de retrouver la trace de cet animal. Cet endroit est très riche en poisson, plusieurs espèces de grands mérous, un poisson ananas s’abrite dans une grotte et une raie torpille se promène sur le fond. Ici les éponges en calice, et les étoiles de mer sont très nombreuses et rendent le paysage féerique.

L’équipe maintient un rythme de deux plongées par jour et les collections s’enrichissent a pas régulier. Jose Rosado, expert des mollusques du Mozambique trouve une espèce de Lambis (Spider Conch) qu’il ne connaît pas, mais plus globalement, il trouve que la faune des mollusques correspond à celle de l’Indo-Pacifique et est un peu déçu de ne pas trouver plus d’espèces rares ou endémiques de Madagascar. Ce fait confirme l’unicité de la faune de l’extrême sud de Madagascar ou l’équipe précédente a trouvé beaucoup d’espèces de mollusques, soit nouvelles, soit endémiques a Madagascar


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AUTOUR DE LA POINTE D’EVETRA

Le dixième jour nous sommes encore déplacés au sud, pour se mettre a l’abri de la Pointe d’Evatra. La houle a progressivement descendu et le vent aussi. La mer est devenue très calme, ce qui facilite la descente du matériel de plongée du pont de l’Antéa jusqu’au Zodiac, une manœuvre périlleuse avec de la houle. Une plongée dans une petite baie au nord de la pointe est très agréable pour tout le monde. L’eau est très claire et le fond a seulement 2-3m est presque complètement couvert du corail. Les conditions permettent à l’équipe de faire une exploration à terre dans ce petit coin paradisiaque.

Les collines ondulantes autour de la baie sont couvertes d’un tapis d’herbe comme une pelouse, une petite crique rentrant dans la baie est entourée par les pandanus et les orchidées en fleur. Qu’il est bon de se dégourdir les jambes sur la terre ferme avant de réembarquer sur l’Antéa. Maintenant nous avons une mer d’huile et au coucher du soleil une baleine à bosse avec son petit nous rendent visite, passant, a peine, a 10m du bateau. Cette journée magnifique se termine par la rencontre avec les villageois venus en pirogues pêcher les chinchards qui sautent par milliers attirés par la lumière du pont de lAntéa.


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LE ROCHER DE LA BALEINE

Le onzième jour de mission, pluvieux, commence par une plongee autour du rocher de la Baleine qui se situe juste au large de la pointe Evatra. Sur un fond de près de 25m, nous pouvons enfin voir, grâce à la une bonne visibilité, des énormes blocs de granite qui se détachent. L’endroit est encore très riche en poisons, la faune sur ce cote sud-est de Madagascar semble être à la croisée de la faune d’Afrique du Sud et de celle de l’Indo-Pacifique, avec une affinité plus africaine au fur et a mesure que l’on se rapproche du canal du Mozambique, les Anthias sont commun ici et les bancs des Fusiliers passent autour de nous.


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LA BAIE DE FORT DAUPHIN

Dans l’après midi l’Antéa doit faire une brève escale au port de Fort Dauphin pour charger l’essence nécessaire pour les zodiacs et les plongeurs en profitent pour explorer le récif de la baie de Fort Dauphin situe à l’oppose du port. Sur un fond d’environ 6m la faune d’invertébrés sessiles est très riche, Les cavernes et les grottes sont couvertes d’un tapis d’éponges, corails ascidies et gorgones. Plusieurs espèces de poissons licornes nous rendent visite et un banc de rouget va et vient doucement.

Le récif est aussi riche en mollusques, beaucoup des Cyprinidae (Cowries), entre autres et Line le Gall trouve encore quelques espèces d’algues qu’elle n avait pas vu ailleurs. Pendant la plongée, la houle monte rapidement et nous sommes bientôt bousculés dans tous les sens par le resac, il est temps de regagner l’Antéa qui sort du Port après avoir charge les deux bidons d’essence qui devraient nous assurer l’autonomie de carburants jusqu'à la fin de mission.

Mardi, juin 8 2010

Les pêcheurs de Lavanono

13h30 : j’assiste au retour des pêcheurs de Lavanono. Chaque jour, des dizaines de pirogues partent en mer. Berthin Rakotonirina, enseignant-chercheur à l’IH.SM spécialiste des tortues marines, participant à l’expédition, m’accompagne et m’explique les différentes techniques de pêche locales.


Vue sur les pirogues de Lavanono (crédit photo : Eléonore Vandel)



Les pêcheurs sont essentiellement des ‘vezo’ du clan Sara originaires de la région de Tuléar et de Morombe, quelques-uns viennent de Faux-Cap. Les clans Sara utilisent la technique de pêche au filet. Ils ramènent aujourd’hui de nombreux poissons, dont les impressionnants ‘lamatra’.

Engins de pêche utilisés : - ‘Harato’ : filet maillant pour la capture des poissons. - ‘Jarifa’ : filet à grandes mailles destiné à la pêche aux requins, mais souvent des tortues de mer ou des dauphins se font piéger par ce filet. - ‘Teza’ : harpon crochu à fer mobile, destiné à la chasse aux tortues de mer - Embarcation : ‘lakam-bezo’, pirogue monoxyle à balancier propulsée par une voile carrée


Capture d’un ‘lamatra’ (crédit photo : Eléonore Vandel)



Les poissons sont vendus frais auprès des hôteliers et des mareyeuses, ou salés et séchés puis exportés. Depuis notre arrivée, deux tortues luth, trois tortues caouannes, et deux tortues vertes ont été attrapées. Elles sont en général trouvées mortes dans les filets, ce qui cause un risque d’intoxication. La viande est vendue cuite à Lavanono. Quant à la viande séchée de requin, elle est revendue jusqu’à Tuléar et Antananarivo. Il faut savoir que la viande de requin est moins chère que la viande de zébu.

D’autres techniques de pêche sont utilisées. Le harpon à fer pointu est utilisé pour capturer les poulpes. Il est également employé par les plongeurs en apnée pour capturer les langoustes. La pêche sur les platiers (coquillages, concombres de mer, …) est en général pratiquée par les femmes et les enfants. Cette technique s’appelle ici ‘mihaka’.


(crédit photo : Eléonore Vandel)

Vendredi, juin 4 2010

Faux-Cap

Une sortie avec 19 personnes de notre équipe était prévue jeudi dernier, direction Faux-Cap. Malheureusement, tout le monde s’est réveillé encore une fois sous la pluie. Nous ne sommes décidément pas chanceux avec la météo ici. Ce fut encore une journée de travail de perdue, et de nouveaux soucis d’inondation dans notre labo.

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Traversée de la piste inondée (crédit photo : Laurent Charles)



La sortie à Faux-Cap a donc été reportée à vendredi. Départ à 8h, nous sommes partis pour près de 3h de route, dans un très sale état après toutes ces pluies : nous avons traversé de nombreuses mares…


Les équipes se préparent à récolter (crédit photo : Eléonore Vandel)



Après avoir descendu tout le matériel sur la plage, une équipe ‘marée’ est partie faire des récoltes sur le platier, et une équipe de plongeurs a travaillé dans la grande piscine naturelle. Protégée par un banc rocheux, elle a ainsi l’avantage d’avoir une eau calme et donc une bonne visibilité. A 14h30 il était déjà l’heure de rentrer, afin d’arriver avant la tombée de la nuit. Bilan de la journée : une vingtaine d’espèces supplémentaires qui n’avaient pas encore été récoltées.


Vue sur la plage de Faux-Cap (crédit photo : Eléonore Vandel)

Mercredi, juin 2 2010

Se camoufler, c'est vivre plus longtemps

Aujourd'hui, c'est la tempête! Une dépression nommée Joelle passe sur nous

Pas de plongée, bloqués à bord, en faisant le dos rond dans le roulis, le tanguage.

J'en profite pour revenir sur un ensemble d'observations faites aux cours de nos plongées.

Beaucoup d'organismes sont peu visibles, différentes stratégies ou le hasard des formes et des couleurs leur permet de disparaître, gage d'une survie plus longue à l'abri des prédateurs.

Des vers appelés Eunices fabriquent des conduits dans lesquels ils vivent.

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 copyright MNHN Alain BARRERE


intérieur d'un tube d'Eunices

Ces tubes d'Eunices sont fixés sur un substrat dur et s'érigent sur une longueur d'environ 20 cm. Ils sont donc normalement très visibles, mais leur surface est colonisée par une multitude d'organismes (éponges, bryozoaires, hydraires, ascidies).

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 copyright MNHN Alain BARRERE


surface d'un tube d'Eunices

Ces organismes profitent d'une surface nouvellement formée par les vers et ainsi ces tubes d'Eunice se fondent dans le substrat. Evidemment rien n'est décidé, c'est le hasard qui a fait rencontré ce nouveau support avec les larves des organismes colonisateurs.

Parfois, le camouflage est actif!

Nous avons collecté certains crabes qui ramassaient ou découpaient des fragments d'algues de la même couleur qu'eux et qui les fixaient à l'avant de leur corps cassant ainsi la forme typique d'un crabe et se rendant donc moins visible.

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 copyright MNHN Alain BARRERE
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 copyright MNHN Alain BARRERE


Celui là a découpé patiemment un bryozoaire du genre Crisia et s'est recouvert le corps et les pattes.

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 copyright MNHN Alain BARRERE


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copyright MNHN Alain BARRERE


détail des pattes

Autre exemple que ce Mollusques bivalve vivant sur un hydraire.

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 copyright MNHN Alain BARRERE


C'est sans doute un lamellibranche appartenant à la famille des PTERIIDAE et du genre Pterelectroma. La robe de sa coquille copie presque parfaitement la structure foliacée de l'hydraire (comme les nervures d'une feuille)!



 copyright MNHN Alain BARRERE


détail de l'hydraire

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 copyright MNHN Alain BARRERE


détail du bivalve

Là aussi, pas de choix de la part des organismes, c'est le hasard des mutations génétiques qui a permis un phénotype (ensemble des informations génétiques exprimées) aussi proche du support (hydraire). Cette ressemblance rend moins visible le Mollusque et lui confère donc un avantage sélectif (il est moins victime de la prédation et peut donc plus se reproduire, ses allèles seront plus présents dans la nature).

Mardi, juin 1 2010

La planète revisitée sur CNN

Photo :

Mary Rogers zoome sur l’expédition



Notre expédition intéresse les médias. Un long reportage vient de paraître sur La planète revisitée dans le Figaro magazine, sous la plume gracile de Katia Clarens, illustrée par les photos de Xavier Desmier. Un autre article doit être publié dans Science et vie.

Nous avons également accueilli la journaliste de CNN International Mary Rogers. Basée au Caire, cette baroudeuse couvre l’actualité de l’Afrique et du Moyen-Orient depuis près de 30 ans. Elle réalise ici un sujet pour une nouvelle émission, Earth’s frontiers, consacrée à l’environnement. Il sera diffusé et visible en ligne au mois de juillet.

www.lefigaro.fr/environnement/2010/05/20/01029-20100520ARTFIG00812-biodiversite-les-heritiers-de-buffon.php

http://edition.cnn.com/CNNI/Programs/earths.frontiers/

Aperçu de la faune fixée

Tout au long de l'expédition, nous avons trouvé des fonds très colonisés par des animaux, solitaires ou coloniaux, fixés. On parle de benthos (faune qui vit près du fond) sessile (non mobile). Il y a peu de coraux.


On trouve beaucoup d'éponges, animaux solitaires pluricellulaires, qui possèdent à la périphérie une multitude de petits trous par lesquels l'eau entre (oscule: orifice inhalant) et quelques gros trous bien visibles sur le dessus par lesquels l'eau sort (ostiole: orifice exhalant). Le courant d'eau est créé par les choanocytes, cellules à cils à l'intérieur de l'éponge. Les particules alimentaires (algues microscopiques, plancton, etc...) sont captés et digérées par des cellules spécialisées (cellules phagocytaires).


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 copyright MNHN Alain BARRERE






 copyright MNHN Alain BARRERE


Parfois les éponges sont colonisées par d'autres organismes (organismes épiphytes) , on les devine à peine!


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 copyright MNHN Alain BARRERE


éponge colonisée par des bryozoaires


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 copyright MNHN Alain BARRERE


cherchez l'éponge!


Les éponges peuvent également recouvrir d'autres organismes, la compétition pour l'espace est rude!


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 copyright MNHN Alain BARRERE


On trouve également des Bryozoaires, organismes coloniaux, à forme souvent digitée.


Ces organismes se fixent en grande quantité sous les surplombs, sous les roches, sur les coquilles vides. Il y a parfois 4 ou 5 espèces sur quelques cm2!


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 copyright MNHN Alain BARRERE




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 copyright MNHN Jo HARMELIN


Bryozoaires blancs


Enfin, parmi les animaux fixés que nous avons rencontrés le plus, il y a des hydraires et des ascidies, organismes coloniaux.


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 copyright MNHN Alain BARRERE




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 copyright MNHN Alain BARRERE


hydraires à la piqure douloureuse!


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 copyright MNHN Alain BARRERE


colonies d'ascidies

Lundi, mai 31 2010

24 mai: Cap au Sud: plongée au Cap Sainte Marie

Nous avons plongé sur notre station la plus au sud de l'expédition. Le paysage est grandiose, de grands plateaux s'approchant très près de l'océan, des strates de couleur ocre, des gros blocs qui se détachent.



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 copyright MNHN Alain BARRERE




Eric Coppejans et Roberto Komeno en route pour le Cap Ste Marie



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 copyright MNHN Alain BARRERE




Dans l'eau, très peu de visibilité, nous pouvions discerner des formes à 50cm. Nous avons trouvé beaucoup d'algues, surtout des algues rouges, beaucoup étaient du genre Peyssonnelia. Dans cette station, 22 espèces d'algues ont été récoltées et mises en alguier par Eric Coppejans.


Dans la pénombre de l'eau, j'ai pu photographier un poisson que je n'avais jamais vu, il a été déterminé ensuite par Roberto Komeno, il s'agit d'un juvénile de Oplegnathe du Cap, Oplegnathus conwayi.



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 copyright MNHN Alain BARRERE

Joël nous rend visite

Joël, c’est le nom d’une dépression sub-tropicale.


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Nous sommes ici, dans le cercle.



Lavanono se situe dans la région d’Androy, à l’extrême sud de Madagascar. Androy signifie « pays des épines », car les cactus y pullulent. C’est une terre de sable. La pluie est y rarissime. Parole de pêcheur : « Il n’a pas plu depuis 4 ans ». Au moment où je notais cette phrase, une goutte d’eau venue du ciel s’est écrasée sur mon cahier. Renseignement pris, la notion du temps de ce pêcheur semble distordue. La dernière pluie remonte en fait à quelques mois. Mais cette goutte d’eau était annonciatrice. Il pleut maintenant depuis deux jours. Et la situation se dégrade d’heure en heure. Nous sommes sous la dépression sub-tropicale nommée Joël. Vent force 7, précipitations pis que diluviennes et mer déchaînée. « En 15 ans, c’est la deuxième fois que je vois ça », explique Jean-Jacques Arnouil, le propriétaire du ranch eco-lodge qui nous accueille. Conséquence : le travail scientifique est perturbé. Plongée impossible et laboratoire inondé. Ce que nous n’avions pas prévu au pays de la sécheresse. Seules choses à faire : éponger et attendre.


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