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Our Planet Reviewed - Expedition Papua New-guinea

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Histoire de la papouasie-nouvelle-guinée

La construction de l’altérité

 

 

La représentation que se font les Européens des populations du monde est basée sur la couleur de leur peau. L’Europe est blanche, l’Asie est jaune, l’Afrique est noire. Pour le malheur des Papous, la découverte de l’Océanie se produit à peu près au moment où l’Europe commence à élaborer un système de classification savant qui dévalorise les peuples à peau noire. Comme les Africains,  les « Nègres des mers du sud » méprisés vont cumuler tous les défauts par rapport aux peuples à peau claire que l’on s’attache à découvrir en Océanie pour parfaire l’opposition. Comme souvent, celle-ci provient d’un premier malentendu. Au XVIe siècle, lorsque les Espagnols naviguent en Océanie, ils découvrent les îles Salomon et comme bien des « premières rencontres », celle-ci se passe mal, les Espagnols laissent à terre une partie de leurs hommes qu’ils retrouvent massacrés et dépecés. C’est suffisant pour ranger les habitants dans la catégorie noirs sauvages cannibales. Dans un second voyage, à la recherche des mêmes îles qu’ils ne retrouvent pas, les Espagnols tombent par hasard sur les Marquises et sont bien reçus par les hommes et les femmes. Les Espagnols s’attendant à un contact hostile vont classer tout en haut de leur échelle d’évaluation ces habitants accueillants comme populations à peau claire, constituées d’individus beaux et bien faits et de femmes ravissantes.

Comme  les découvreurs recopient  les carnets de bord des navigateurs et aventuriers qui les ont précédés, le stéréotype va perdurer et s’enrichir de nouveaux critères selon un ensemble d’idées de plus en plus racistes et sexistes. Ainsi, le bon sauvage, vivant l’âge d’or dans des îles paradisiaques avec ses vahinés va s’opposer au mauvais noir, laid, féroce, cannibale, dépourvu de toute intelligence, incapable d’évoluer et resté au stade de la préhistoire. Car l’espèce inférieure constitue l’intermédiaire entre le singe et l’homme. Dans cette panoplie d’idées reçues, nos Papous représentent l’altérité absolue, ils se situent en enfer, à l’autre extrémité de l’échelle des valeurs. De là à penser que deux races coexistent en Océanie, il n’y a qu’un pas.

Dumont d’Urville le franchit lorsqu’il divise les  îles pacifiques en plusieurs régions selon une gradation de couleur de peau. La dénomination encore actuelle distingue l’ensemble polynésien à peau claire, la Micronésie un peu plus cuivrée mais encore claire, la Mélanésie et l’Australie noires. Nous obtenons deux races océaniques et quatre entités géographiques qui ne reposent sur aucun critère scientifique puisque ces peuples insulaires participent d’une large unité culturelle fondée sur des mélanges très anciens. Pourtant la distinction est si prégnante qu’elle continue à opérer aujourd’hui. Sur le marché du tourisme, les plages de sable blanc, les lagons, les vahinés et les orchidées s’opposent aux forêts impénétrables, à l’art brut et aux vrais sauvages.

L’anthropologie naissante ne contribue pas à remettre les choses à l’endroit, au  contraire. Des chercheurs de premier plan comme Durkheim et Mauss se contentent de reprendre à leur compte la classification des aires culturelles de Dumont d’Urville selon un ordre qui va des sociétés élémentaires  jusqu’aux sociétés évoluées.

Les Papous s’inscrivent tout naturellement dans le musée des cultures primitives et archaïques et deviennent au mieux un terrain d’études privilégié censé nous apprendre beaucoup de choses sur  l’âge de pierre à travers ses descendants survivants.

« Cette race » mélanésienne jugée en tous points inférieure est abandonnée aux mains de trafiquants brutaux, peu encombrés d’idéal. Les Papous sont utilisés comme main d’œuvre par les Européens, ils sont envoyés dans les plantations du Queensland et aux Fidji alors que les Polynésiens appartenant à une société « évoluée » organisée en clans et chefferies sont laissés à leur oisiveté. Ceux qui restent sur place sont condamnés au travail forcé pour servir les colonisateurs, lorsqu’ils réagissent violemment, le stéréotype du sauvage cannibale n’en est que renforcé, ils sont mis à l’écart sans obtenir le droit de vivre dans les villes ni de pénétrer dans les quartiers blancs. Les missionnaires rivalisent d’ardeur pour évangéliser ces « sauvages », catholiques français, protestants allemands, prêtres anglicans assurent des services de santé, d’éducation à charge pour les indigènes de se convertir et d’abandonner les cultes et rituels traditionnels. Les populations littorales sont soumises à l’ordre colonial. Pour les habitants des hautes terres il en va un peu différemment.

 

Une des dernières « premières rencontres »

 

 

Le livre de Connolly et Anderson nous relate un phénomène tardif de première rencontre. Dans les années 1930, deux chercheurs d’or australiens s’enfoncent vers les hautes terres dites inhabitées à la tête d’une expédition étonnante. Leurs porteurs recrutés localement doivent ascensionner jusqu’à des crêtes escarpées recouvertes par la jungle qui cachent des vallées habitables. La progression, à raison de 11 kilomètres en deux semaines, est rendue très difficile, faute de gibier, il faut acheminer de la nourriture. Ils découvrent par hasard les habitants de la vallée de la rivière Balim que l’on pensait inhabitée, ces derniers  n’avaient jamais vu d’autres hommes. Heureusement, les auteurs ont pu les interroger et recueillir pour une fois leur témoignage sur l’événement.

Pour les Australiens, le premier contact se résume à quelques brefs regards lancés rapidement sur des gens qu’ils méprisent, les prospecteurs passent une nuit dans chaque campement, leur sécurité repose sur leur armement, l’effet de surprise et la  rapidité de leur intervention. Pourtant l’un d’eux (M. Leahy) prend des photos, capte les réactions et les émotions du premier contact, mais sans aucun désir de connaître les villageois. Leur préoccupation est d’ordre matériel, il faut obtenir de la nourriture. Ils se font accepter avec des allumettes et des objets en fer puis comprennent que les biens de valeur qui intéressent les habitants sont les coquillages kina (coquilles d’huitres perlières) et s’empressent de leur en fournir. Cette entreprise de séduction permet de manipuler et de neutraliser une population sidérée et perplexe.