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Our Planet Reviewed - Expedition Papua New-guinea

Des_modes_de_vie_incompatibles

Histoire de la papouasie-nouvelle-guinée

Un mode de vie incompatible avec la culture européenne

 

 

La Nouvelle-Guinée se compose d’une population fragmentée en plus d’un millier de tribus aux langues et coutumes différentes. Cette diversité s’explique par des millénaires d’isolement et par le relief qui constitue un obstacle à la formation de groupes humains élargis. Dans les hautes terres, l’existence se déroule dans un rayon de 15 km et les tribus n’ont aucun moyen de se représenter le monde extérieur. Sur les littoraux et dans les îles, les voyages et échanges se réalisent à travers un système complexe de dons réciproques (dit cercle de la kula et étudié par Malinovski) qui garantissent également une paix relative entre des populations régulièrement ennemies. L’isolement n’induit donc pas une fermeture culturelle définitive.

Il existe une culture de base qui donne sa place à chacun. Elle passe d’abord par le système religieux et la part du sacré présente dans les sociétés. Les croyances reposent sur la célébration des forces de la nature et l’existence de grands cycles mythiques cosmogoniques, liés à l’action de héros-fondateurs dont les exploits expliquent les origines de l’homme et l’ordre dans lequel il doit s’insérer. Le monde profane n’est que la continuation du monde mythique. Les rites servent à maîtriser l’ordre cosmique. Les Papous considèrent que les dieux ont tout apporté, aucune place ne revient à l’inventivité humaine, il s’agit donc de rester en bons termes avec eux afin qu’ils soient favorables aux entreprises humaines. Un culte est également rendu aux ancêtres qui sont censés protéger les vivants. Il s’effectue par la conservation des crânes et des ossements, la momification des corps, la représentation d’ancêtres-statues et dans certaines tribus par une nécrophagie rituelle. 

Pour faire le lien entre le monde visible et le monde invisible, on produit des objets d’art. Chaque communauté façonne des œuvres à but utilitaire, qui représentent des ancêtres, des divinités, des esprits, des êtres mythiques sous la forme de masques, de statues, de crânes décorés, des parures corporelles obtenues avec des pigments, des plantes, des coquillages, des plumes d’oiseaux. Ces décorations faciales permettent à leur porteur d’incarner divers esprits durant les initiations et les rites de passage ou les cérémonies d’échange.

L’organisation sociale représente le deuxième volet de la culture papoue. Ce peuple sans écriture, presque sans vêtement, sans métal, qui fabrique ses outils dans la pierre, le bois, les  os, les coquillages, l’argile, a créé, depuis 7000 ans, un des  foyers de domestication des  cultures vivrières (taro, banane, igname, patate douce) et a inventé des techniques agricoles sophistiquées. On élève également le porc et le poulet. Les villages constitués de huttes de chaume, sont enclos de palissades et entourés de jardins de fond de vallées avec rigoles d’irrigation et cultures en terrasses. Les méthodes agricoles tiennent compte du milieu tropical, des secousses sismiques, des glissements de terrain. On creuse des fossés autour des champs pour faire baisser le niveau d’eau, on récupère la boue pour fertiliser les parcelles, des techniques de rotation des cultures associées à la plantation de forêts secondaires de casuarinas limitent l’érosion et fournissent le bois nécessaire. 

S’il y a bien une dissociation des communautés masculines et féminines, chacune ayant ses travaux spécifiques, la spécialisation n’existe pas, tout individu doit être capable de participer aux tâches nécessaires à la survie du groupe. La structure sociale est égalitaire, la propriété de la terre est collective, inaliénable, héritée des ancêtres. L’économie doit produire des biens et de la nourriture pour tous, en dehors de toute idée de profit. La démographie est de ce fait régulée par la guerre, les plantes abortives et même l’infanticide.

Il n’existe pas non plus de chef de village au sens politique du terme ni de dirigeants héréditaires mais des grands hommes plus influents que d’autres, les big men. Certains se sont enrichis en se constituant un capital de cochons dont les bénéfices sont réinvestis dans d’autres opérations, d’autres ont obtenu le pouvoir par les guerres ou les services chamaniques. Ils bénéficient de nombreux privilèges, arbitrent des disputes et la victoire sur les tribus adverses les comble d’honneurs. Car les tribus vivent dans un état de guerre permanent, des litiges de toutes sortes apparaissent sans cesse pour des limites de  propriétés, le prix de la fiancée ou un vol de cochons.

Ces populations considérées comme « primitives » vivent en auto suffisance, pratiquent une agriculture élaborée, reconstituent le milieu naturel mais les Européens à l’époque, soucieux de consolider leur sentiment de supériorité ne sont pas sensibles à cet enseignement, ils ne le comprennent pas et ne le retiennent pas. Pourtant les Papous nous offraient un mode de vie « durable » hérité de la préhistoire qu’ils avaient conservé pour que l’humanité en dispose et  qu’elle survive.

Les découvreurs incapables d’attribuer de la valeur à d’autres modes de fonctionnement  que le leur, vont construire leur sentiment d’altérité sur ce primitivisme trompeur.