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La Planète Revisitée : Expéditions Guyane Française

De_fausses_forets_vierges_en_Papouasie

De fausses forêts vierges en papouasie ?

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Approche SVT, géographie, Lettres

La cime de la forêt équatoriale

La cime de la forêt équatoriale

La cime de la forêt équatoriale : principal réservoir des espèces d’insectes à découvrir (vue des Monts Foja, partie indonésienne de la Nouvelle Guinée) [© Philippe Bouchet, MNHN]

 

La Papouasie-Nouvelle-Guinée est à juste titre considérée comme un des hotspots, un des points chauds, de la biodiversité. Ses eaux font partie du "Triangle d'Or" (ou "Coral Triangle") de la biodiversité marine, une zone correspondant aux mers d'Asie du Sud-Est. On estime en effet que c'est dans cette partie du monde que les faunes et les flores marines sont les plus riches en espèces, en particulier celles qui vivent dans les récifs coralliens. De surcroît, la région entière est riche en écosystèmes tropicaux complexes (forêts, mangroves, récifs …) avec beaucoup d’espèces petites, rares et largement inconnues.

Cependant, cet état de fait, réel, est souvent associé dans notre esprit à l’image d’une nature vierge, non modifiée et non souillée par les hommes. Même l’impact humain est divers selon les forêts considérées et si nous connaissons l’existence de populations humaines dans ces régions, la vision que nous en avons est souvent idyllique : des populations vivant de chasse et de cueillette en harmonie avec une « Mère-Nature ».

Certes, certains groupes humains, comme les Punans de Bornéo, ont pratiqué jusqu’à récemment ce mode de vie fait de nomadisme, de chasse et de cueillette. Mais, il faut bien voir qu’i1 n'y a pas, plus, de forêt réellement vierge, et ce depuis bien longtemps. La luxuriance de la végétation équatoriale, qui frappe tant les voyageurs occidentaux ne doit pas faire oublier que ces forêts résultent, elles aussi, de la millénaire histoire des hommes.

Ces grands espaces ont en effet été peuplés et sillonnés depuis des milliers d'années par des populations qui y ont pratiqué l'agriculture et donc modifié la structure et la répartition de la végétation naturelle. Bien plus encore, ces peuples ont domestiqué et sélectionné les espèces végétales intéressantes. Certes, la présence et les actions humaines ont eu plus d’effets, en termes de destruction des forêts et extension des terres agricoles par exemple, dans les régions de l’ouest de l’Europe ou d’Amérique du Nord. Mais, la vision commune de la forêt équatoriale comme un enfer vert uniquement peuplé de rares chasseurs nomades est très réductrice et doit être relativisée. Une agriculture authentique fondée sur la polyculture d’espèces végétales existait et existe encore dans ces forêts. 

Par la culture de plantes à tubercules (comme le taro, document 2), de cannes à sucre et de bananes (document 3) des populations papoues ont modifié leur environnement, par la création d’enclaves cultivées au sein même de la forêt et non de déforestations comme en Europe de l’Ouest et en Amérique du Nord.

Fleur de Taro

Fleur de Taro

Fleur de Taro (Inde), Colocasia esculenta, [© Morin, MNHN]

 
Feuille de Taro

Feuille de Taro

Feuille de Taro (Inde), Alocasia macrorrhiza, [© Morin, MNHN]

 
Fleur et fruit du bananier

Fleur et fruit du bananier

Fleur et fruit du bananier (Japon), Musa basjoo, [© Morin, MNHN]

 
Extrait de feuille du bananier

Extrait de feuille du bananier

Un extrait de feuille du bananier, Musa sp., [© Morin, MNHN]

 

Le phénomène est-il récent et limité ? Les préjugés et une vision europocentrée de l’histoire humaine pourraient le laisser croire. Mais à Kuk Swamp, dans la Nord de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, des fouilles archéologiques ont révélé l’existence d’une agriculture avec dispositifs de drainage (Figure 4) menée de manière continue depuis -10000 à -7000 ans. Sur ce site, inscrit depuis 2008 en tant que site culturel sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, du taro et de la banane étaient cultivés, des animaux peut-être élevés, sur des terrains drainés, irrigués et aménagés au moyen d’outils en bois. Les premières traces d’agriculture citées sont classiquement celles du Moyen-Orient à -9000 ans, le début du Néolithique. Mais, à la même époque, des hommes exploitaient déjà des plantes et modifiaient durablement leur environnement en Papouasie-Nouvelle-Guinée.  

Dispositif de drainage avec tranchées

Dispositif de drainage avec tranchées

Dispositif de drainage avec tranchées présent sur le site Kuk Swamp (Denham, 2004)

 

Ainsi, même si toutes les forêts tropicales n'ont pas subi des transformations telles que l'on ne puisse plus parler de "forêt primaire" au sens d'une structure et une composition d'espèce proche de l'origine.", ils n’en constituent pas pour autant des espaces réellement vierges d’activité humaine. Les écosystèmes de Papouasie-Nouvelle-Guinée recèlent encore et heureusement nombre d’espèces à découvrir.

Pour en savoir plus

Bahuchet S. (1992) "Des hommes et des forêts". In : Forêts, A. Lorgnier (ed.), pp.101-121.

Bahuchet S. et D. Mc Key (2005) "L’homme et la biodiversité tropicale". In : Les biodiversités. Objets, théories, pratiques, P. Marty, F.-D. Vivien, J. Lepart et R. Larrere (coord.), CNRS éditions, pp. 37-55.

Denham T. (2004) Early Agriculture in the Highlands of New Guinea: An Assessment of Phase 1 at Kuk Swamp. Records of the Australian Museum, Supplement 29 :47–57.

Visionnez aussi la vidéo de Serge Bahuchet, ethnologue, professeur au MNHN" (cliquez sur "Connexion anonyme) : http://plateforme-depf.mnhn.fr/mod/resource/view.php?id=1281

http://whc.unesco.org/fr/list/887

http://whc.unesco.org/fr/actualites/450

http://news.nationalgeographic.com/news/2003/06/0623_030623_kukagriculture.html