La Planète Revisitée : Expéditions Guyane Française

L_histoire_des_peuplements_humains_de_l_Ile_Rouge

L’histoire des peuplements humains de l’Île rouge

Marché local

Marché local

[ S. Pons | © MNHN ]

Village malgache

Village malgache

[ S. Pons | © MNHN ]

Approche croisée SVT et Histoire-géographie

Niveaux collège et lycée

Problématique :

Présenter et expliquer comment l’origine des populations vivant à Madagascar peut être comprise et reconstituée.

Contexte :

Parmi les plus de 20 millions d’habitants de Madagascar, encore appelée Grande Île ou Île Rouge, pas moins de 18 communautés principales - les Merina, les Antandroy, les Bara , les Bezanozano... - se partagent, en se mélangeant, le territoire de l’île. Cette diversité tant physique que linguistique et culturelle s’explique par des mouvements migratoires successifs à Madagascar.

Enfants sur une plage du Sud malgache

Enfants sur une plage du Sud malgache

[L. Le Gall | © MNHN]

 

On peut identifier plusieurs étapes concernant le peuplement de l’île :

  • L’histoire proche (19-20ème siècles) : les faits les plus nombreux attestés et datés correspondent à la colonisation française, elle modifie les conditions de vie de la population mais n’affecte pas forcément la nature du peuplement de l’île. Des documents historiques (journaux, descriptions, compte-rendu de voyages, mémoires, chroniques…) permettent de retracer cette époque.

  • Madagascar fut une terre de négoce depuis le Moyen-âge : les données historiques sont moins nombreuses et ne suffisent plus à rendre compte de l’histoire.

  • Les origines du peuplement : elles ne sont pas livrées par des légendes connues (voir l’Iliade ou l’Odyssée en Grèce) et correspondent à des périodes difficiles à cerner.

Ainsi, quand on remonte dans le temps et que les données historiques (écrits) sont rares, on peut recourir pour étudier les mouvements migratoires aux sources archéologiques, à une approche linguistique mais aussi à l’utilisation de données génétiques.

Documents :

Les documents proposés ici sont de trois ordres : le premier propose une approche linguistique (document 1). Le second est d’ordre archéologique, et permet plus facilement un repère chronologique (document 2). Enfin le troisième s’appuie sur des données moléculaires : une partie des archives concernant le peuplement de Madagascar se trouve au sein même des populations actuelles, dans leurs gènes. En effet, les proportions des différents gènes présents chez les malgaches actuels renseignent sur les ascendants, leurs origines, les migrations, les mélanges, les unions (document 3).

Un travail autour de ce thème du peuplement humain d’un site permet de prendre conscience des limites de la science historique et de rappeler qu’elle fonctionne avec l’écriture. C’est aussi une bonne occasion de montrer la complémentarité des sciences historiques, archéologiques, sociales et biologiques.

 

Document 1 : approche linguistique

Tableau : comparaison de quelques mots du vocabulaire de base de quelques langues malayo-polynésiennes.

Tableau : comparaison de quelques mots du vocabulaire de base de quelques langues malayo-polynésiennes.

La population actuelle de Madagascar parle le « malgache » et partage 90% de son vocabulaire de base avec les langues austronésiennes, en particulier le Maanyan, une langue indonésienne parlée le long de la rivière Barito dans le sud de Bornéo.
Le malgache contient en outre des emprunts à la langue bantoue parlée dans l’Afrique de l’Est, sans oublier des influences arabes et indiennes dans les langues et les cultures. Notons que les mots d'origine bantou se retrouvent surtout dans le domaine de l'élevage (tels que omby, ondry, akoho) ou peuvent concerner certains objets commerciaux, le calendrier et la divination (alahady, adaoro, sikidy). L’élevage pastoral du bétail, couramment pratiqué à Madagascar, est d’ailleurs de même type que celui rencontré dans plusieurs régions africaines.

 
Élevage et transport de bétail à Madagascar

Élevage et transport de bétail à Madagascar

[S. Daumas | © MNHN]

Avant l'époque coloniale, les Malgaches utilisaient un alphabet d'origine arabe, le sorabe. Le mot "sorabe" vient de soratra, « écrire », et be, « grand ». Le mot soratra vient lui-même du malais et du javanais surat, "texte écrit", ce qui laisse supposer que la notion d'écriture a été introduite à Madagascar par des "Indonésiens", probablement des Javanais.

 

Document 2 : Synthèse issue des travaux de Burney (2004)

Les plus anciens restes archéologiques découverts sur l’Île Rouge datent d’il y a 1500 à 2000 ans, ce qui fait de Madagascar la dernière grande île, hormis l’antarctique, à être colonisée par les Hommes (l’installation des Hommes en Australie date d’il y a 50000 ans et celle sur le continent américain d’il y a 15000 ans environ). Parmi ces restes, on connaît dans le sud-ouest de l’île des traces d’ateliers de boucheries sur des os d’hippopotames nains et des importations de plantes de toute évidence transportées par l’Homme. Un cimetière iranien, daté à 1200 après JC, dans le nord de Madagascar atteste la venue et l’installation de marchands et marins persans.

 

Document 3 :

Fréquences géniques dans les populations autour de l’Océan Indien (modifié d’après la Figure 1, page 896, de Hurles et al (2005)).

Fréquences géniques dans les populations autour de l’Océan Indien (modifié d’après la Figure 1, page 896, de Hurles et al (2005)).

Chaque secteur coloré représente un marqueur génétique, sa surface dans le cercle représente sa fréquence dans le groupe humain considéré.

Exemples :
- Le marqueur jaune clair, abondant dans la population est-africaine, est également fortement représenté dans la population malgache mais est absent chez les populations à l’est de l’Océan indien. Il traduit une parenté entre les populations malgache et est-africaine.
- De même, les marqueurs bleus, absents des populations africaines, se rencontrent avec une fréquence élevée dans les populations du sud-est asiatique et la population malgache, traduisant une parenté entre ces dernières.

 

Les malgaches actuels partagent des gènes non seulement avec des populations issues de l’Afrique de l’Est, mais aussi avec des populations indonésiennes de Bornéo et d’autres populations plus orientales encore … L’étude des gènes confirme les résultats des analyses comparées des cultures et des langues.

La Grande Ile n’a pas connu un mouvement migratoire mais plusieurs et sa population actuelle est le reflet des migrations humaines à travers l’Océan Indien au cours des deux-trois derniers millénaires. Tour à tour, des Bantous venus d’Afrique de L’Est sont venus et ont mélangés leurs gènes, langues et cultures à ceux d’indonésiens ayant traversé les mers depuis Bornéo. Plus tard, les marins, voyageurs, marchands, soldats, colonisateurs… venus d’Inde, du golfe persique, d’Europe et de Chine ont laissé leurs empreintes sur l’île et sa population.


Compétences du socle commun pouvant être mises en œuvre :

Compétence 1 (maîtrise de la langue française) : dégager l’idée essentielle d’un texte lu ou entendu.

Compétence 3 (culture scientifique) : pratiquer une démarche scientifique ; savoir utiliser des connaissances.

Compétence 5 (culture humaniste) : avoir des repères géographiques et historiques ; lire et utiliser différents langages (cartes, textes, images) ; avoir des outils pour comprendre l’unité et la complexité du monde.

Compétence 7 (autonomie et initiative) : faire preuve d’initiative.


Bibliographie-webographie :

Hurles M.E. et al (2005) The Dual Origin of the Malagasy in Island Southeast Asia and East Africa: Evidence from Maternal and Paternal Lineages, Am. J. Hum. Genet. 76:894–901

Mongne P. (2005) Archéologies: vingt ans de recherches françaises dans le monde. Ministère des affaires étrangères, France, publié par Maisonneuve & Larose, 734 pages

Burney D.A. (2004) "Finding the Connections between Paleoecology, Ethnobotany, and Conservation in Madagascar", Ethnobotany Research & Applications, 3:385-389.
http://scholarspace.manoa.hawaii.edu/bitstream/10125/196/4/I1547-3465-03-385.pdf