La Planète Revisitée : Expéditions Guyane Française

La_colonisation_et_ses_consequences

Madagascar

Une colonie française

 

La France voulant administrer le pays à bon compte impose le protectorat, comme en Tunisie, en conservant l’essentiel du personnel politique du royaume. C’est sans compter sur la résistance malgache qui déclenche en mars 1896 une insurrection contre l’occupation étrangère, elle prend le nom de Menalamba (les toges rouges). Il n’en faut pas davantage pour que la France vote le 6 août  la loi d’annexion qui fait de Madagascar une colonie et envoie Gallieni investi des pouvoirs militaires et civils pacifier le territoire. Il élimine dès son arrivée les proches de la reine, puis la fait exiler mais le mouvement ne désarme pas. Pour mater l’insurrection, le général assisté de Lyautey mettent en place « l’occupation en tâche d’huile » : tout mouvement de troupe est suivi d’une occupation effective et le territoire insoumis est entouré d’une série de postes pendant que l’on organise la zone occupée en développant les voies de communication indispensables, puis des marchés, des dispensaires, des écoles. Les chefs menalamba se rendent en 1898. Il reste à intégrer de petits royaumes périphériques par la force ou en jouant sur les rivalités entre les différentes branches royales, ce qui est réalisé à la fin du siècle.

Gallieni fait alors établir une administration déconcentrée en petites provinces où l’officier possède tous les pouvoirs : civils, militaires, économiques et contrôle les fonctionnaires français malgaches aussi car l’élite du royaume a parfois été conservée. Le système de l’indigénat qui permet aux fonctionnaires de condamner les indigènes à la prison est mis en vigueur pendant que la fiscalité s’accroît : tous les sujets doivent effectuer la corvée (travail gratuit), payer la capitation (impôt personnel), des taxes sur les rizières, le bétail et les marchés. Des concessions de terres sont accordées à de grandes sociétés : les plantations, l’exploitation minière et forestière sont systématisées.

Lorsque Gallieni quitte la grande île en 1905, sa mise en valeur est effective : café, vanille se développent, le cheptel bovin se reconstitue, le reboisement apparaît, un système de pistes est mis en place et les infrastructures scolaires et médicales se développent. Les différents gouverneurs, successeurs de Gallieni, contribuent au développement de l’île, le réseau de chemin de fer s’étoffe, l’urbanisme progresse, la riziculture s’introduit dans l’ouest du pays. Malgré les spoliations foncières, de nombreux paysans développent des cultures vivrières et commerciales, mais le réseau de distribution dépend des étrangers : Chinois à l’est, Indiens à l’ouest. L’enseignement public accueille 120 000 élèves en 1940 sans compter l’enseignement diffusé par les écoles protestantes et catholiques.
Mais les intellectuels malgaches saisissent toutes les occasions pour revendiquer l’indépendance et la liberté, dès 1916, les premiers dirigeants du mouvement nationaliste sont condamnés aux travaux forcés.  Au fil du temps, la résistance au colonialisme s’exprime dans  la presse, les cérémonies religieuses, les mutineries et les grèves.

Au lendemain de la deuxième Guerre Mondiale, la volonté d’indépendance se manifeste par la création du Mouvement démocratique de la rénovation malgache (MDRM).
Le 29 mars 1947, une insurrection armée déclenchée à l’est de l’île prend une ampleur nationale et dure près de deux ans. La répression est brutale : villages rasés, 100 000 morts,  dirigeants du MDRM exécutés, députés malgaches arrêtés.
C’est seulement en juin 1956 lorsque G. Defferre met en place une loi-cadre qui permet aux populations d’élire des institutions autochtones que la vie politique se ranime. Par le referendum d’autodétermination, le général de Gaulle accélère le processus, le 14 octobre 1958, Madagascar devient un Etat républicain. Le 2 avril 1960, l’indépendance de Madagascar est proclamée, cet Etat souverain signe des accords de coopération avec la France. La nuit coloniale vient de prendre fin.

Les trois Républiques

 

La première République 1960-1975

Le socialiste Tsiranana, soutenu par le dernier haut-commissaire français, devient président avec un projet de société édifiant, il s’agit de mettre en place « un socialisme pratique et humain ».
L’organisation administrative du pays est conservée, les  membres du parti du président (Parti social démocrate) remplacent les fonctionnaires français. Un plan quinquennal développe un programme de lutte contre l’analphabétisme et met en place des coopératives, mais les engagements du président pour la justice sociale ne se concrétisent pas d’autant plus que les relations économiques privilégient l’ancienne puissance coloniale, les colons toujours présents contrôlent les secteurs les plus rentables de l’économie, la France encadre l’armée, la police, l’enseignement. La nouvelle classe dirigeante plus ou moins dominée par les colons se laisse corrompre.

La révolution malgache commence en 1971 par des révoltes paysannes puis en 1972 par une grève étudiante insurrectionnelle qui s’étend dans tout le pays. Des comités d’action se répandent, l’armée refuse de réprimer et Tsiranana démissionne le 18 mai 1972 en nommant le général Ramanantsoa président. Ce dernier désire mettre fin au « néocolonialisme » : la capitation et l’impôt sur les bœufs sont abolis, les accords militaires franco-malgaches sont résiliés et l’armée française quitte Madagascar.
En 1975, Ramanantsoa confie le pouvoir au ministre de l’Intérieur qui est assassiné une semaine plus tard. Un directoire militaire nomme le 17 juin, Ratsiraka, président de la République.

La deuxième République 1975-1991

La République démocratique malgache pose les fondements d’une société nouvelle où régneront justice et égalité sociale. Les partis politiques s’allient en un front national et proposent une charte de la révolution socialiste. Seul le parti social démocrate s’y oppose.
Une œuvre de décentralisation territoriale revivifie les anciennes communautés villageoises. L’Etat s’endette en engageant un programme d’investissements : constructions d’usines, de centres universitaires, de dispensaires dans un contexte de crise économique et de choc pétrolier. Le gouvernement est contraint de négocier avec le FMI. Le plan d’austérité  appliqué à partir de 1980 aggrave la paupérisation des habitants de l’île. En 1991, une grève générale de 7 mois liée au mécontentement populaire dégénère et le président accepte l’institution d’élections anticipées.

La troisième République

Le 19 août 1992, la troisième République est adoptée avec une constitution démocratique où le président est élu au suffrage universel. Ce pouvoir est complété par une assemblée et un gouvernement. Le 10 février 1993, Zafy est élu président. Les gouvernements qui se succèdent s’inspirent de l’ultralibéralisme : déréglementation, flottement de la monnaie, privatisations, création de zones franches. Les conséquences sociales ne se font pas attendre : disparition de la protection sociale, inflation, réapparition de la peste, du choléra, extension de la précarité et de l’exclusion, corruption de tous les secteurs de l’administration. Zafy est destitué en 1996 et remplacé par l’ancien président Rasiraka dont le nouveau slogan est « la création d’une République humaniste écologique ». Celui-ci gouverne jusqu’à la crise politique de 2002 où il est remplacé par Ravalomanana.