La Planète Revisitée : Expéditions Guyane Française

Un_pays_colonise

Histoire du mozambique

Un pays colonisé par un pays qui reste à l'écart de la révolution industrielle

 

Le Mozambique est convoité par ses voisins, pour ses richesses, mais surtout parce qu’il est le débouché naturel dans l’océan indien des pays de l’intérieur. A la fin du XIXe siècle, il se trouve au centre d’un conflit d’intérêts qui opposent les Britanniques et les Portugais. Les Britanniques ont créé l’African Lakes Company au Nyassa à l’ouest du Mozambique et veulent accéder à la mer par la vallée du Chire mozambicaine pour exporter sucre et café. Ils contestent l’autorité portugaise, car la région ne possède pas de colonisation effective. Le Portugal obtient la soumission de nombreux chefs locaux et fonde une mission. Le conflit s’accentue en 1889 quand l’Angleterre crée la British South Africa Company pour exploiter les mines du plateau shona mais avec l’ambition de contrôler toute la partie orientale de l’Afrique du Cap au Caire. Le Portugal, quant à lui, rêve de relier l’Angola au Mozambique. Le premier ministre britannique s’insurge car la présence portugaise n’est pas matérialisée. La mise en place d’opérations de reconnaissance portugaise entre l’Angola et le Mozambique ravive la tension, le gouvernement anglais menace d’occuper l’île du Mozambique. Le traité de 1891 signé entre le Portugal humilié et la Grande-Bretagne donne au Mozambique sa configuration actuelle. Il n’est plus question de raccordement vers l’Angola et les Britanniques récupèrent le plateau shona. La dépendance de la colonie à l’égard des activités britanniques est renforcée. Le Portugal doit accepter la liberté de circulation sur les fleuves qui consacre la vocation du pays à constituer une voie de passage. Le Portugal qui désirait retrouver son prestige après la perte du Brésil, ne dispose pas des moyens humains et financiers pour mettre en valeur un territoire lointain, beaucoup plus grand que le sien. Le Mozambique représente 3% des échanges extérieurs du Portugal, son commerce intérieur est dominé par les Indiens. Il constitue un partenaire bien moins important que l’Angola à l’époque et la métropole n’a pas les moyens d’investir.

La ville de Beira en 1905

La ville de Beira en 1905

Carte postale publiée par la compagnie The Rhodesia Trading Co. Ltd. à Beira.

 

Les grandes compagnies coloniales

 

Le Portugal décide alors de faire appel à de grandes compagnies européennes pour mettre en valeur son territoire. Elles sont appelées Compagnies « majestatiques » et se développent sur le modèle de celles qui existent déjà en Afrique britannique : dans le cadre d’une convention passée avec l’État qui perçoit une redevance, elles lèvent les impôts, les droits de douane et maintiennent l’ordre d’un immense territoire qu’elles mettent en valeur économiquement. Trois grandes compagnies, constituées de capitaux européens, sont créées pour cinquante ans en 1891-92.
La Compagnie du Mozambique contrôle un territoire de 135 000 km2 situé entre le Zimbabwe et le port de Beira. Recrutant difficilement une main-d’œuvre portugaise peu enthousiaste, elle peine à exploiter le territoire mais réussit à exporter du sucre en développant le rail de la frontière au port de Beira. La Compagnie de Zambézie s’installe dans la vallée du Zambèze, elle recrute de la main-d’œuvre destinée aux mines d’Afrique du sud et aux plantations de café. C’est également le cas de la Compagnie du Niassa au nord du pays, qui envoie des travailleurs dans les plantations de sucre du Zambèze, à Mombassa pour construire le port et dans les mines du Katanga. Aucune d’entre elles ne parviendra à valoriser le pays, contrôlés par des actionnaires non portugais, les bénéfices repartent en Europe sans s’investir dans une colonie « étrangère ». Le pays se trouve privé des infrastructures de base : peu d’écoles, peu de dispensaires, peu de routes. Seules Beira et Lourenço Marques qui devient capitale en 1898, bénéficient de l’achèvement du chemin de fer où s’exportent sucre, coprah, thé, sisal et coton. Devant l’augmentation des impôts dont la moitié est payée en travail forcé, les Africains fuient et des révoltes constantes se produisent. Les Portugais se contentent d’abord de les réprimer. En 1907, une réforme administrative divise le pays en circonscriptions civiles afin de mieux encadrer les populations rurales. Ce nouveau découpage couvre les parties du pays relevant de l’Etat et englobe le territoire des grandes compagnies qui disparaissent progressivement après un demi-siècle. Le gouvernement portugais encourage l’exportation des matières premières, principalement celle du coton qui devient obligatoire. Une timide petite industrialisation de transformation apparaît après la Première Guerre mondiale, elle ne suffit pas à retenir la main-d’œuvre mozambicaine qui part travailler dans les mines de diamant, d’or ou de charbon  du Transvaal.