La Planète Revisitée : Expéditions Guyane Française

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Mozambique

Nord-Mozambique : la forêt qui n'existait pas

 

Quatre cent enclaves de forêt sèches, couvrant selon les estimations plus de 6000 km², ont été recensées au sein du hotspot définit par Conservation International. Cet ensemble fragmenté constitue probablement le témoin actuel d’une forêt ancienne,  qui couvrait d’une large bande ininterrompue d’Ouest en Est toute la partie médiane de l’Afrique il y a 30 millions d’années.  Ces îlots de forêts intactes, de petite taille (en moyenne 15 km²), sont répartis entre la Somalie (2 km²), le Kenya (787  km²), la Tanzanie (692 km²) et, probablement, le Mozambique (4778 km²). « Probablement » car, faute de données suffisantes sur les forêts mozambicaines, on ne connait pas avec certitude la distribution, l'étendue ou la composition des forêts côtières sèches de ce pays. En conséquence, celles-ci sont ignorées par les programmes de conservation, et quasiment aucune aide internationale n'est accordée pour aider à leur préservation... Une situation paradoxale, puisque le Mozambique possède, selon toute vraisemblance, la plus grande superficie de forêts sèches de toute l'Afrique de l'Est !

Un exemple des paysages qui attendent les chercheurs au Mozambique

Un exemple des paysages qui attendent les chercheurs au Mozambique

Repérages aériens 2008 © Olivier Pascal

 

 

On explique de telles disparités en termes de connaissances en raison de l'histoire propre à chaque pays. Ainsi, dans la Tanzanie voisine, les forêts côtières, bien que réduites à l'état de reliques, bénéficient d'un statut de conservation de longue date. Les réserves forestières tanzaniennes ont été mises en place durant la colonisation allemande, soit plus d'une centaines d'années en arrière. Depuis, elles ont été relativement bien préservées, tandis que les territoires alentours étaient défrichés en quasi-totalité par la population. Au Mozambique, en revanche, aucune mesure conservatoire de ce type n'a  été prise.  Victimes de fortes dégradations au cours des 20 à 50 dernières années, les forêts mozambicaines se sont toutefois  régénérées partiellement, indirectement du fait de la guerre civile sanglante qui a ravagé le pays entre 1975 et 1992. Ce conflit, qui a fait plus d'un million de morts, a cependant empêché toute étude scientifique (le nord du pays n'a été déminé que très récemment). Les conflits et le manque de données concernant ses forêts privent le pays Mozambique de financements étrangers pour la conservation. Au cours des dernières années, une manne de plusieurs millions de dollars d'aides internationales a été accordée au Kenya et à la Tanzanie pour la protection de leurs écosystèmes forestiers, bien documentés, tandis que le Mozambique ne se voyait attribuer quasiment aucun moyen, faute de connaissances suffisantes sur sa biodiversité.