La Planète Revisitée : Expéditions Guyane Française

Les_reperages

Mozambique

Biologistes-sculpteurs

 

Pour atteindre leurs objectifs, les scientifiques de l’expédition commenceront par localiser précisément les enclaves de forêts côtières sèches du Mozambique. Ce n'est pas une mince affaire, car elles sont insérées dans une matrice de différentes formations végétales : forêts claires, savanes boisées, type de végétation non naturels tels que fourrés, friches, maquis, recrûs, zones agricoles... À quoi s'ajoutent les difficultés liées à l'accès (absence de route, de points d'eau pour établir des camps etc.), et à l'étendue des zones à prospecter, qui couvrent plusieurs milliers de km2.

Olivier Pascal, de Pro Natura International, compare le travail du chercheur à celui du sculpteur : il s'agit de partir d'un bloc massif, le hotspot, et de le dégrossir progressivement, en affinant de plus en plus le degré d'information, jusqu'à atteindre le but recherché, c'est-à-dire un inventaire des espèces vivantes le plus précis possible. Pour ce faire, différents outils sont à la disposition des biologistes, chacun correspondant à une étape de repérage spécifique.

Du général au particulier...

Du général au particulier...

[© Sur Le Toit|MNHN]

 
Modélisation de la densité de chlorophyle

Modélisation de la densité de chlorophyle

À gauche, une photographie satellite de la province de Cabo Delgado au nord du Mozambique. À gauche, le résultat de la modélisation de la densité de photosynthèse par analyse des couleurs. Plus une zone est rouge, plus cette densité y est élevée.

Les images satellites, indispensables mais pas miraculeuses

 

Contrairement à certaines idées reçues, les solutions technologiques comme l'emploi d'images satellites ou le survol aérien, très onéreuses, ne sont pas les plus appropriées lors des étapes de repérage. C'est d'abord grâce au recensement des informations existantes que les scientifiques commencent à circonscrire les zones potentiellement intéressantes.  Dans le cas présent, des publications scientifiques faisant état de possibles enclaves de forêts sèches préservées au Mozambique ont conduit les biologistes, qui s'intéressaient déjà à l'Afrique, à choisir ce pays pour une première série de repérages.

Outre la bibliographie disponible, les rencontres avec des personnes connaissant le terrain, ou des endroits similaires, sont essentielles. Les organisateurs de l'expédition, en discutant avec les personnes impliquées dans les problématiques environnementales au Mozambique, ont pu dresser un état des lieux des connaissances sur la végétation du pays. Complété par des échanges avec des experts zimbabwéens, kényans et sud-africains, cet état des lieux a mené à la détermination de larges zones d'intérêt potentiel qui ont ensuite été affinées au moyen de photos satellites.

Fournies par le programme d’observation par satellite américain Landsat, ces images en fausses couleurs renseignent sur le type de végétation présent au sol. Le satellite mesure le rayonnement solaire réfléchi par la surface de la Terre, à différentes longueurs d'onde. Or la chlorophylle absorbe à certaines de ces longueurs d'onde, et sa quantité varie selon la nature de la végétation. En croisant les données Landsat avec des observations sur le terrain, plusieurs études ont montré qu'il était possible d'extrapoler avec une précision acceptable les types de couverts végétaux présents au sol. L'équipe de « La Planète Revisitée » a utilisé une  modélisation de cette sorte pour tenter de déterminer la localisation des enclaves de forêts sèches. L'étape suivante a consisté à se rendre au Mozambique  afin de vérifier visuellement la justesse de cette méthode.

Du ciel à la Terre

 

La cartographie obtenue grâce aux images satellites est seulement indicative. Il faut donc en vérifier l'exactitude sur le terrain, ce qui signifie effectuer des survols à basse altitude. À bord de petits avions de tourisme, les botanistes localisent plus précisément les zones assimilables à des poches de forêt côtière sèche intacte. Un repérage qui n'est pas toujours évident. Difficile, par exemple, d'estimer correctement la taille des arbres par un simple survol de leur canopée. Il peut donc arriver qu'une fois sur le terrain, les chercheurs aient la surprise de découvrir des arbres plus jeunes que prévus, indiquant une zone de végétation en régénération, au lieu de la forêt originelle recherchée.


La qualité du paysage ne suffit pas à elle seule à déterminer les endroits propices à l'expédition. Les passages en avions permettent également d'identifier les lieux qui se prêteront à l'implantation d'un camp de base, avec toutes les contraintes que l’on peut facilement imaginer: possibilité d'accès, présence d'eau etc. À ce stade, les chercheurs troquent satellites et avions pour des véhicules tout-terrains et des GPS. Ils commencent à quadriller la zone afin d'affiner encore leurs repérages, avant d'établir les camps. L'ultime étape consiste à enfiler des chaussures de marche, et à enfin commencer les collectes...

La reconnaissance aérienne nécessite une certaine expertise

La reconnaissance aérienne nécessite une certaine expertise

Repérage aérien © Olivier Pascal